SUR LES ROUTES

Un projet sur les routes à moteurs multiples

 

Propos et intention d’action en 7 points

 

1 - Dérouter le chemin habituel des mots

Lasse d’une poésie qui ne circule que dans certains cercles (malgré tout !) et qui pourrait ainsi se suffire à elle-même, j’ai l’envie d’ouvrir le spectre des possibles et d’affirmer ainsi une place tangible, absolument nécessaire, concrète et utile à la poésie auprès d’un public improvisé.

Cela passe donc par prendre une carte et faire des tracés. Point de départ : Nice

 

2 - Laisser passer aux frontières pour les mots

Le tracé dépassera les frontières. Ce n’est pas parce que la langue de ma poésie est française, qu’elle doit ne circuler qu’en France. Non, la poésie a son langage propre qui se nourrit du monde sur une échelle illimitée. Elle est matière vivante et sensible, elle pourrait être un état, un espace  où le sens du mot ne tourne pas toujours dans le même sens.

Alors oui, traverser les frontières.

Mon histoire familiale  est profondément marquée par la migration (mon père est né en Italie), l’histoire européenne (mon grand-père maternel a été déporté en Allemagne). Mon parcours m’a conduite à de multiples déménagements en France et à l’étranger, à pratiquer plusieurs langues, à étudier dans le cadre des programmes ERASMUS, la rencontre avec d’autres cultures fait partie de mon identité. Il est donc naturel pour moi d’avoir un projet hors frontières.

Engagée et concernée dans ce qui se passe sur nos côtes, à la frontière de Menton, j’ai l’envie d’engager une proposition physiquement concrète des mots qui passent la frontière, en aller et retour. Un acte politique.

Les mots, on ne les arrête pas, ils sont libres comme l’air quand ils sont dits. Si le corps qu’ils habitent ne peut pas librement circuler, ils s’en iront eux transmettre leurs cris.

Parce qu’aussi la frontière symbolise un schéma mental fermé, une organisation centrée sur elle-même, portant des œillères. Qu’elle est plus fermeture et que le poème est ouverture.

Parce que le monde actuel reconstruit ses murs, en érige de nouveaux et que la notion de frontière est de plus en plus affirmée comme force directrice d’un nouvel ordre mondial.

3 - Déclamer les mots

Riche de mes années d’expérience auprès de publics scolaires et d’autres publics dans le cadre de mon festival et de mes activités liées au spectacle vivant, je constate que la poésie est irrémédiablement et majoritairement associée au livre. Et que, malheureusement, le livre n’est pas un objet familier pour une grande majorité des publics rencontrés.

D’autre part, l’engouement pour les rencontres autour du SLAM, dans ce qu’il permet de porter les mots avec intensité dans la voix, dans le corps qui devient parlant et chantant, en toute liberté, est la preuve que la poésie a besoin de reprendre sa place orale, en dehors des livres. Elle devient musique qui se retient et engage le poète tout entier dans sa relation au monde. En tant que comédienne et chanteuse, j’y suis très attachée. C’est un lien direct et intime vers l’autre.

Alors, oui, partir sur les routes tracées, et m’engager dans un passage à l’acte oral de ma poésie. C’est toute une réalité qui s’en retrouve transformée. Les mots iront cogner les architectures de villes et des paysages, se répercuteront en écho dans l’oreille et continueront à voyager à dos d’hirondelle.

Nous proposons la forme spectaculaire de la poésie dans le sens où elle fait appel à la théâtralité et à la musique, à la mise en scène de l’espace « occupé ».

 

4 - Poétiser le monde

Ce projet de partir sur les routes avec mes poèmes en bagage, c’est mettre à l’échelle du réel, l’envie folle de poétiser le monde. Une utopie ? Non, une absolue nécessité ! Il y a urgence !

J’ose affirmer que le poète se doit de donner de l’épaisseur, nourrir une densité, approfondir la vision, humaniser les frontières et refaire jaillir le sensible dans la réalité qui l’étouffe.

Un sensible qui se nourrit de nos histoires personnelles, de mémoire collective et d’actualité récente.

C’est mon état d’urgence.

 

 

5 - Provoquer l’échange

Les haltes poétiques dans les villes et villages visités seront autant de prétextes à provoquer l’échange avec de multiples publics. Nos haltes se feront aussi bien sur une place de village, dans un café, dans un parc, sur une plage, dans une gare que dans une salle de spectacle.

Notre action stimulus dans l’espace quotidien provoquera le silence, les questions, les « je tourne le talon », les réponses, les applaudissements et autres événements.

Et la démarche n’est pas de « donner » et repartir, mais de donner et collecter, puis transformer.

 

6 - Créer un espace public de libre expression

Ainsi l’invitation poétique que nous proposons sera un formidable prétexte pour créer un espace de libre expression.

Choisir de partir à des périodes où l’homme est appelé citoyen, électeur, où il doit donner sa voix, on ne peut rêver mieux comme contexte tangible.

Alors oui, je choisis la période pré, pendant et post élection présidentielle française.

C’est donc dans cet environnement inconscient collectif que nous invitons le public à exprimer leur rapport sensible au monde. En écrivant, en lisant, en disant etc.

 

 

7 - Collecter les mots et sublimer

Parce que nos routes s’enrichiront de rencontres, quelles qu’elles soient, elles feront l’objet d’échanges, de dialogues, de monologues, de questions/réponses, de silences.

En laissant une libre expression au sensible, c’est remettre du sens dans le réel, dans des micro actions quotidiennes.

Je souhaite collecter les mots écrits, les transmettre et les transformer en poème. Faire des voix, des ambiances sonores et des silences un poème sonore. Faire des photos de détail, un poème visuel.

Poème qui se nourrit de ces invitations aux voyages, de ces tracés. Ce sera notre poème, un seul et même poème traversé des frontières franco-italienne, franco-espagnole, franco-belge, franco-suisse, franco-allemande.

Chacun peut y retrouver son mot et en lire d’autres.

J’ose rêver ce poème universel, une célébration de l’humain, poème qui se tisse sur le territoire ancré dans le réel, dans la terre sous le pied. A l’opposé des multiplications sur la toile.

Donc oui, sur les routes est une invitation au voyage tout en poésie : une volonté de créer une légende ou l’imaginaire se mêle au réel de façon inextricable.

Oui j’ose rêver ce poème sans frontières qui pourrait prendre forme en un recueil poème manifeste accompagné des photos de voyages, de reportage et des enregistrements.

 

 

L’action

En mouvement | Temps et espace à géométrie variable

Espaces improvisés sur nos tracés

De quelques minutes en rue à 1h en bistrot.

De l’arrêt de bus à une place publique.

En action de marche sur les routes.

 

En haltes | Performance de la Demoiselle Et cætera

La Demoiselle et cætera est la forme spectaculaire de la poésie de Sabine Venaruzzo. Elle fait appel au théâtre, au chant, au mouvement, à la musique et à l’improvisation. Une proposition protéiforme où la poésie occupe une place centrale.

Elle est accompagnée par Raphaël Zweifel, violoncelliste et bassiste. Voir le dossier dédié.

Les haltes sous cette forme seront assurées dans des lieux préétablis.

 

 

Les thèmes abordés dans nos temps d’échange avec le public

L’identité : un questionnement sur les origines, les flux, la transhumance

L’individu dans son rapport au monde

L’imaginaire et l’amour de la poésie n’appartiennent-il qu’à l’enfance ? Pourquoi aimons-nous entendre un enfant nous réciter son premier poème ?

Le souvenir et les rêves d’enfance

 

 

Les outils

La voiture, Un formidable Partner

Les cahiers, les crayons, les gommes

Un appareil photo, Une caméra, Un enregistreur

De grandes pages de papier

Un ampli autonome, Un micro voix et un micro violoncelle

Une boîte à mots

Un blog souvenirs

Une valise rouge, des gants de boxe rouge, des paires de chaussures à talons

Des galets cailloux parsemés comme traces de passages

 

© 2016 par Sabine Venaruzzo. Photographie Eric Clément Demange - Créé avec Wix.com